Qui a dit que les Américains détenaient le record du monde de l’obésité ? Contrairement à une idée reçue, c’est l’archipel de Tonga, constitué de plus de 170 îles et îlots, qui détient ce titre peu glorieux. Sur ces confettis perdus dans le Pacifique Sud, entre les îles Fidji et la Polynésie française, 92 % des plus de 30 ans sont en surpoids ou obèses. Le roi de l’archipel, décédé en septembre dernier, était connu pour être le monarque le plus lourd du monde, avec ses 210 kg.
Au-delà de l’aspect anecdotique de ces données, l’obésité et le diabète qui l’accompagne chez 22% de la population de Tonga posent de vrais problèmes de santé publique. Les populations d’origine indigène de l’archipel ont vu leur mode de vie changer du tout au tout en quelques décennnies. Sédentarisation et importation de nourritures riches, de type fast food, se sont accompagnées de la généralisation de pathologies liées au diabète II, ou diabète gras, comme les infarctus, la cécité et les insuffisances rénales.
Les habitants des îles Tonga ne sont pas les seules victimes de ces mutations trop rapides de leur environnement. Les experts parlent de „diabésite“, une épidémie qui aurait remplacé les maladies infectieuses comme première source de mortalité des populations autochtones dans le monde, des Maoris de Nouvelle-Zélande aux Indiens d’Amérique du Nord. „Sans action urgente, il y a un risque réel de diminution importante, si ce n'est d'extinction totale, des communautés indigènes, d'ici la fin du siècle", a déclaré le professeur Paul Zimmet, directeur de l’Institut International du Diabète, lors d’une conférence internationale en Australie.
Pour le Docteur Gojka Roglic, du département des maladies chroniques de l’Organisation Mondiale de la Santé, cette prise de position est un peu trop catastrophiste. „ Actuellement, nous ne disposons pas d‘assez d’éléments pour affirmer que le diabète va mener à l’extinction des peuples indigènes, tempère-t-elle. Il faut souligner que c’est une maldie qu’on peut prévenir, si les Etats s’engagent dans ce sens“. Toutefois, les îles Tonga auraient sans doute intérêt à prendre exemple sur leur voisine Vanuatu, qui s’est engagée à devenir „un réservoir à aliments à faible valeur nutritionnelle“.