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ce blog se veut polyvalent : articles d'actu, mais aussi photos diverses, critiques culturelles, journaux de mes voyages...

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critique de la Niche de la honte d'Ismail Kadaré

La poésie des têtes tranchées

 

 

       Tout lecteur non averti  a le droit de penser qu’un livre qui s’ouvre sur le spectacle d’une tête décapitée offerte aux regards de la populace sur la place  centrale de la capitale de l’empire ottoman, au début du XIXe siècle, ne sera pas une mine de poésie et de sentiments bucoliques. Pourtant, c’est bien ainsi que débute la niche de la honte, roman d’Ismail Kadaré, grand poète et romancier albanais contemporain, et son roman d’abord pris pour un roman sur l’oppression sanguinaire se révèle au fil des pages être cousu d’une poésie métaphorique et mélancolique comme la terre d’Albanie qui y est omniprésente.

       Dans un empire ottoman peuplé de pachas régissant les différentes provinces et de fonctionnaires centraux grisâtres chargés de guetter le moindre frémissement de rébellion dans l’empire, Kadaré décrit le mécanisme de la terreur par lequel l’empire maintient son unité, à travers l’exemple du soulèvement de l’Albanie d'Ali pacha de Tépélène. La décapitation des ennemis vaincus et des serviteurs de l’Etat disgraciés n’est qu’un aspect de cette terreur, qui se fait totalitarisme sous la plume de Kadaré quand il décrit les bureaux chargés d’organiser le « cra-cra », ou la dénationalisation de l’Albanie, la suppression de sa langue, de ses coutumes, de tous les gestes et objets où bat le cœur du pays. On sent alors qu’il se détache de l’empire ottoman pour parler de toutes les formes d’oppression, et notamment du communisme, d’une menace qui pèse universellement sur les pensées et les rêves des hommes.

     Cependant, cette dénonciation n’a pas la mécanique implacable de 1984 d’Orwell. C’est une dénonciation littéraire qui aime flirter avec les tours et détours, les mythes et légendes et les introspections de ces dignitaires dont les angoisses et aspirations métaphysiques ne font jamais tout à fait un avec celles de cette formidable entité surplombante qu’est l’empire.  On en sort donc édifié, mais surtout grisé et haletant, comme après une chevauchée endiablée à travers l’Albanie. Tel Tundj Hata, en somme, le rapatrieur des têtes décapitées dont « [l’]ivresse affluait en vagues successives, qui frappaient sa poitrine du dedans, remplissaient comme de bulles l’espace de ses poumons, gonflaient ses veines ».

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