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Guerre à Sarcelles, paix à Jérusalem ?
Rencontre avec une Juive française qui prépare son installation en Israël, où elle espère trouver plus de sécurité que dans les banlieues françaises.
« J’ai l’angoisse de retourner en France, j’en ai pleuré toute la nuit », se lamente Stéphanie, juive orthodoxe vêtue de noir de pied en cape, blottie dans le fauteuil de l’avion qui la ramène vers l’hexagone. Elle vient de passer une semaine à Jérusalem pour y trouver une maison, afin de pouvoir faire son alyah, sa « montée vers Israël », l’an prochain avec son mari et ses cinq enfants. Cette mère de famille a pourtant la nationalité française, elle a grandi en France et y a élevé ses enfants.
Mais voilà, Stéphanie se sent plus en sécurité en Israël qu’à Sarcelles (Val d’Oise), où elle réside depuis des années. Tout en mangeant son plateau-repas « glat », c’est à dire répondant à des règles religieuses plus contraignantes que le casher, elle explique l’origine de cette peur de l’antisémitisme qui tourne à l’obsession. « Mes enfants n’osent plus sortir dans la rue. Ils se font arracher leurs lecteurs MP3 par des Maghrébins, juste parce qu’ils ont une kippa, raconte-t-elle. Mes amies c’est pareil, juste parce qu’elles sont juives, elles se font arracher leurs sacs. Du coup, elles vont au supermarché sans sac, mais même là elles se font agresser ».
Dans ce discours façonné par la peur et l’absence de connaissance mutuelle des communautés, difficile de faire la part des choses entre psychose et réelle insécurité. A propos de l’affaire Illan Halimi, Stéphanie poursuit : «Celui qui meurt dans un attentat à Jérusalem, il ne souffre pas, alors que ce petit jeune a souffert pendant trois semaines. Même à l’époque de la Shoah ce n’était pas aussi affreux ». Une comparaison disproportionnée qui révèle l’émotion soulevée par le calvaire du jeune Illan. Bien que Yousouf Fofana soit originaire de Côte d’Ivoire, Stéphanie tient « les Arabes » pour responsables de cette tragédie. « On n’est pas fait pour vivre ensemble, soutient-elle. Je vais m’installer dans un quartier de Jérusalem où je ne les verrai pas ».
Un discours extrémiste dans lequel sont loin de se reconnaître tous les Juifs français qui réalisent leur alyah. Ils sont pourtant de plus en plus nombreux à entreprendre le voyage vers cet ailleurs qu’ils considèrent comme leur « chez eux » : en 2005, 2975 juifs français ont effectué le grand saut, soit une augmentation de 12% par rapport à 2004.