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Cette semaine, j’ai découvert Romain Gary, et je me suis retrouvée toute ébahie d’avoir pû passer à côté de cette force narrative pendant 22 longues années. Il y a peu de livres qui donnent une impression de vertige à l’idée qu’on ait pu « vivre sans », vivre en les ignorant.
« Chien blanc » a été de ceux-là. Dans un Los Angeles déchiré par les émeutes raciales, par la révolte des Noirs parqués dans des ghettos, Romain Gary raconte sa confrontation à cette colère légitime qui se mue en haine illégitime. Le hasard met sur sa route un berger allemand. Il lui faudra quelques jours pour réaliser que son nouveau compagnon, brave bête qui tient en apparence de Rintintin et de Mabrouka, se transforme en un monstre écumant à la vue de la moindre personne de couleur. Dressé à attaquer les Noirs pour « protéger » une famille blanche, il est selon les meilleurs dresseurs irrécupérable. Mais pour Romain Gary, il doit devenir le symbole de la réversibilité du racisme.
Mi-Colette pour la finesse de sa peinture de l’amour des animaux, mi-Tahar Ben Jelloun pour sa compréhension aigue des mécanismes mentaux du racisme, Gary signe avec « Chien banc » un livre dont je regrettais au bout de 80 pages qu’il n’en fasse que 200 et non 600. Un luxe de lecteur rare…

Et puis surtout, ou du moins aussi, « Chien blanc » décortique les ressorts faits de peur et de méconnaissance qui alimentent le racisme. Il démontre que chacun de nous a au moins une bonne raison égoïste de ne pas être raciste : vouloir éviter d’être haï en retour. Sur fond de guerre du Vietnam, de mai 1968 et de présidence de Johnson, ce petit roman a une actualité poignante, une façon de nous susurrer à l’oreille que les BBR des agences immobilières et les « filtrages » à l’entrée des boîtes de nuit ne sont pas des discriminations anodines.