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22 décembre 2006 5 22 /12 /décembre /2006 00:00

Pour la troisième année consécutive, l’Etat australien du Queensland a rendu hommage à sa diversité culturelle, à travers un festival coloré, donnant une image idyllique du modèle d’intégration australien.

 Brisbane, le 16  octobre 2006.         

         « Irish-Sri Lankan heritage, born in Hong Kong -now a proud Queenslander ! ». Ce slogan choisi pour incarner le troisième festival multiculturel de Brisbane peut sembler un peu emphatique à la première lecture, prêtant presque à sourire. Pourtant, après une journée entière passée à se promener entre les stands et les scènes du festival, à humer les parfums de cuisine abyssinienne ou tamoule, à se gorger de musique sacrée sikhe ou de son de cornemuse, à admirer des danses balinaises ou russes, il le paraît beaucoup moins.

          Le temps d’un dimanche, un parc du centre ville de Brisbane s’est transformé en la vitrine d’un Etat australien dénombrant pas moins de 200 origines différentes parmi ses habitants. Le but de la manifestation, qui a drainé environ 45 000 visiteurs cette année, était de démontrer la volonté de vivre ensemble et de se connaître d’une population queenslandaise de plus en plus mélangée. Fini le temps où le Queenslandais typique était un immigrant ou un forçat affranchi  anglais, écossais ou irlandais. Depuis quelques années, il a de plus en plus fortes chances d’avoir les yeux bridés. Selon les statistiques officielles du gouvernement de l’Etat, le nombre de résidents du Queensland étant nés en Asie a augmenté de 64% entre 1991 et 2001, contre une augmentation globale de la population de 23% sur la même période. En 1999, ils étaient près de 670 000, dans un Etat d’à peine 3,5 millions d’habitants.

        Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si les danseurs traditionnels écossais se produisant pendant le festival ont été remarqués pour leurs cheveux grisonnants, tandis que les jeunes danseuses indonésiennes vêtues de rouge et de jaune, toutes étudiantes à Brisbane, brillaient par leur jeunesse. La structure démographique du Queensland est en train de changer, et malgré la vitrine harmonieuse qu’en donne ce genre de festival, cela ne se fait pas toujours sans heurt. Dhuse, jeune malaise étudiant à Brisbane depuis deux ans, avoue avoir déjà été agressée par des jeunes  xénophobes –faudrait-il inventer l’affreux néologisme d’asiatophobes ?-, qui lui ont lancé des oeufs depuis une voiture en criant « Asians go home ! ». Anglais impeccable et cannette de coca cola à la main, la jeune fille n’en espère pas moins que son double master en comptabilité et gestion des ressources humaines lui permettra de trouver un travail en Australie et de s’y installer durablement. Un espoir partagé par une proportion importante des étudiants asiatiques qui viennent étudier en Australie.

         Malgré la concentration de populations asiatiques dans les « Chinatowns » des grandes villes, les vagues successives d’immigrants semblent relativement bien s’adapter à la vie dans le Queensland. La situation économique de l’Australie, dont le taux de chômage a atteint en 2005 son plus bas niveau depuis vingt-huit ans, avec 5,1%, n’y est sans doute pas pour rien. Avec 4,9% de chômeurs, le Queensland est même légèrement mieux loti que la moyenne nationale. Pourtant, plus encore que le dynamisme économique, c’est sa façon de traiter la diversité culturelle qui différencie le « sunshine state » de l’égalité républicaine à la française. Dans le Queensland comme ailleurs en Australie, les formulaires de recensement interrogent sans ambages des résidents de l’Etat sur leurs origines ethno-nationalo-religieuses. A l’université, la question « êtes-vous d’origine aborigène ? » côtoie « êtes-vous handicapé ? » et « êtes-vous une fille étudiant un domaine traditionnellement masculin ? ».  Ici, pas de pudeur à dénombrer les différentes communautés et à les reconnaître comme telles, sans pour autant renoncer à les intégrer. Un portefeuille ministériel est d’ailleurs alloué au « multiculturalisme », une dénomination bien éloignée de celle du portefeuille français de « la promotion de l’égalité des chances ».

           Pas un seul « hic » au milieu de ce tableau idyllique ? Si, et un « hic » de taille : l’échec de l’intégration des populations aborigènes dans la société du Queensland. Tandis que toutes les vagues d’immigrants semblent avoir trouvé leur place dans la société, les Aborigènes ont perdu la leur et restent globalement à sa marge. Ils vivent généralement entre eux, dans de petites villes où l’alcoolisme fait des ravages et où le chômage est près de quatre fois plus élevé que la moyenne nationale. Si la culture aborigène était dignement représentée au festival multiculturel de Brisbane, avec danseurs et musiciens, le pastille multiculturelle avait sans doute un arrière goût amer pour plus d'un « indigenous Australian ».

 Photo (BRA) : troupe de danseurs de Papouasie Nouvelle Guinée.

 

 

 

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans articles d'actu
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commentaires

claire 21/12/2006 19:57

Trop chouette ton site Béa. Bisous
Claire (et joyeux noel, meme si cette année on va pas se dorer la pillule au soleil)