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6 juin 2006 2 06 /06 /juin /2006 00:00

 

A partir du 1er juillet, le public pourra pénétrer dans l’intimité de la souveraine, en visitant le « domaine de Marie-Antoinette » partiellement restauré et rendu à sa végétation d’origine.

        C’est un petit bijou bleu et or, ou un écrin intimiste, une miniature de théâtre dont balcons et parterre n’accueillaient que des fidèles. Le théâtre de Marie-Antoinette, une des merveilles du domaine du Petit Trianon, sera à nouveau ouvert au public à partir du 1er juillet. Avec son décor pré-romantique, ses silhouettes d’arbres bleus successives donnant une grande  profondeur à la scène, ses gracieuses statues de femmes dorées soutenant le rideau et ses dimensions humaines, le théâtre de la reine symbolise à ravir ce domaine au goût féminin et sûr, véritable havre de paix situé à quelques minutes de carrosse du château de Versailles proprement dit.

         Les touristes qui auront décidé de pousser la promenade plus loin que la galerie des glaces pourront découvrir un domaine de Marie-Antoinette restauré en profondeur, depuis la végétation du jardin anglais, jusqu’à la « laiterie de propreté » du hameau, où la reine dégustait les laitages de ses brebis, en passant par le temple de l’Amour, la grotte artificielle et le théâtre. Les travaux ont duré trois ans et coûté trois millions d’euros. Si aujourd’hui, des tas de terre disgracieux déparent encore le pourtour du temple de l’Amour, Laurent Choffé, ingénieur agronome chargé des replantations du domaine, promet qu’ils seront remplacés par des massifs de giroflées, fleurs très en vogue au temps de Marie-Antoinette,  avant le fatidique 1er juillet. 

         Cette date, un mois et demi après la sortie en salles du très médiatisé  Marie-Antoinette de Sofia Coppola, offre à Versailles la promesse de nombreux visiteurs, et surtout visiteuses, avides de découvrir les lieux du tournage ou ceux aimés par une reine à nouveau en état de grâce. Le film montre en effet Sa Majesté se roulant dans l’herbe du jardin anglais, vêtue d’une tenue champêtre, ou caressant les brebis de sa ferme, noyée dans l’émotion vraie d’un retour à la Nature. 

         Pour Alain Baraton, jardinier en chef des jardins de Trianon et du Grand Parc de Versailles, qui y œuvre depuis 30 ans, « avec Marie-Antoinette, on est loin des soirées orgiaques que la du Barry donnait au Petit Trianon. La reine avait une vraie volonté philosophique de ressourcement, elle était imprégnée de la philosophie rousseauiste de la Nouvelle Héloïse ». Il oppose le goût subtil du domaine de Trianon à l’ostensible Versailles, « quintessence de l’absolutisme royal».

      Et en effet, Marie-Antoinette venait dans son domaine pour fuir le pesant protocole de Versailles. Elle n’autorisait que quelques privilégiés, à qui elle distribuait des jetons, à lui y rendre visite. Louis XVI ne s’est lui-même rendu qu’une unique fois dans son théâtre. Les hôtes de la reine étaient priés de ne pas se lever lorsqu’elle entrait dans une pièce. Ce désir de liberté d’action se retrouve dans les formes de son jardin anglais, la première partie du domaine qu’elle ait  fait créer après son arrivée à Versailles.  Tout y est artificiel : la rivière où vogue un cygne, les buttes, les trouées sur la campagne environnante  qui repoussent l’horizon. Mais à l’opposé du jardin à la française de Versailles, tout y semble naturel. Les herbes sont hautes et parsemées de fleurs des champs, les allées sinueuses invitent à se perdre en écoutant le chant des oiseaux. Au détour d’un chemin, on découvre le temple de l’Amour sur sa butte, petit pour donner l’impression d’une vision lointaine.

          Alain Baraton aime « cette pelouse champêtre, cette nature laissée sans contrainte. Rien à voir avec le jardin terriblement triste de Le Nôtre ! ». Le jardinier en chef considère qu’ « un jardin doit vivre » et se réjouit donc du retour des visiteurs dans le domaine de Marie-Antoinette. « Les gens pourront se mettre dans l’herbe, le jardin sera un lieu de détente. Bon, évidemment, on évitera les  parasols Kronenburg ! » s’amuse-t-il.

       Cinquante jardiniers, sur les cent que compte l’ensemble du château de Versailles, ont travaillé d’arrache pied pendant trois ans pour faire retrouver au jardin son apparence d’origine. Il avait d’abord été prévu que cette restauration dure vingt ans, mais la tempête de 1999 a tout accéléré, en faisant tomber des chênes et des tulipiers de Virginie  dont la coupe ne devait avoir lieu que plus tard. La tempête a également déclenché un grand élan de générosité qui a permis de financer des travaux.

       Pour Laurent Choffé, retrouver la physionomie d’un jardin, « c’est comme la redécouverte d’une partition de musique ». « Nous avons fait des recherches très pointue sur les archives, les bons de commandes des plantes, qu’on a heureusement retrouvés », explique-t-il.  Le visiteur du jardin peut cependant encore admirer de nombreux arbres plantés  à l’époque de Marie-Antoinette, comme un grandiose séphora du Japon planté en 1774, l’année de son couronnement.

        En poursuivant sa flânerie, le visiteur pourra se rendre à la grotte de la reine, dont l’accès se cache derrière un rideau de roseaux où croassent des grenouilles. C’est dans cette petite grotte que se trouvait Marie-Antoinette lorsqu’on est venu la chercher pour lui dire que les révolutionnaires se trouvaient aux grilles du palais. Elle ne devait plus revoir Versailles.

       Plus loin encore se dressent les gracieuses maisons à colombages et toits de chaume  du hameau de Marie-Antoinette, qu’elle pouvait contempler des fenêtres de sa chambre du Petit Trianon. Ces maisons inspirées par le pays de Caux ne seront pas ouvertes au public le 1er juillet, car elles ne sont à l’heure actuelle restaurées qu’extérieurement. A l’intérieur, les murs jadis ornés de soie et de marbres sont nus et fissurés. Le belvédère qui domine le lac sera quant à lui rénové aux frais de la société d’horlogerie Bréguet.

      L’annonce de la réouverture du «domaine de Marie-Antoinette» peut dès lors paraître marquée du sceau du marketing, alors que les travaux ne s’arrêtent jamais à Versailles et que le Petit Trianon était resté ouvert au public. Néanmoins, avec la réouverture de certains bâtiments et d’un jardin paysager fidèle aux désirs de la souveraine, le domaine retrouve sa cohérence. Et surtout ce parfum de mystère romanesque qui flotte autour d’une reine restée une étrangère à Versailles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans articles d'actu
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commentaires

Bernard Hasquenoph 23/09/2006 00:55

Je vous invite à lire au sujet de la fausse nouveauté de ce domaine, l'article que j'ai écrit "Versailles lance le pack Marie-Antoinette" et qui a été partiellement publié dans Le Monde dernièrement. Lisible sur mon site [->http://louvrepourtous.site.voila.fr/]
Cordialement
Bernard