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28 mars 2006 2 28 /03 /mars /2006 00:00

Devant une salle comble et un public acquis, Nicolas Sarkozy a exposé hier soir à Douai son programme « pour une France plus juste », cherchant en priorité à rallier un électorat populaire.

       Vanesssa Boulet, la trentaine ronde et blonde, est toute excitée. Pour la première fois, elle a rencontré son idole. Avec une voix aigue elle crie « Nicolas » comme d’autres crient « Patrick ! »(Bruel). A plusieurs reprises au cours du meeting, c’est même elle qui entraîne le public de Gayan Expo à scander « Nicolas, Nicolas ! » avec enthousiasme. « De A à Z, je suis fan du personnage, je crois en lui, déclare cette chômeuse venue accompagnée de son mari écouter Nicolas Sarkozy. Comme quoi on peut être chômeur et être derrière Nicolas ».

        Hier soir, Vanessa n’a pas été déçue. Pendant une heure, elle a pu voir et écouter Nicolas Sarkozy, et rien que Nicolas Sarkozy, exposer son programme « pour un France plus juste ».  Devant une salle pleine à craquer, remplie de 4000 personnes environ, c’est « l’homme Sarkozy », « un homme libre » comme l’a défini Jaques Vernier, maire de Douai, et non le premier ministre ou le président de l’UMP qui s’est exprimé.

      « Il n’y avait pas de cornes de brume, pas de musique quand il est entré, presque pas de banderoles, selon sa volonté de sobriété, » explique Emmanuelle Mignon, directrice des études de l’UMP et indispensable conseillère de Nicolas Sarkozy. Sobriété bien sûr, pour un meeting d’idées et de programme, mais aussi indépendance : dans le périmètre de la salle Gayan,  pas le moindre logo de l’UMP mais un simple fond bleu et un liseré bleu-blanc-rouge.

       Pour lancer sa campagne pour les élections présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy avait choisi Douai la nordique. Un choix stratégique et peut-être un brin superstitieux, puisque Jacques Chirac avait lancé sa campagne victorieuse dans le Nord en 1995. Dans cette région industrielle, ce sont les classes moyennes et populaires que le candidat –encore officieux- Sarkozy voulaient séduire. A ses pieds, dans la salle, beaucoup de jeunes, d’étudiants, mais surtout beaucoup de couples d’un certain âge.  Dehors, à la porte du parc des expositions, un groupe virulent d’environ 400 syndicalistes de FO, de la CGT ou de SUD ayant tenté de bloquer l’entrée du public, venu rappeler que le Nord-pas-de-Calais est aussi un berceau historique du syndicalisme.

« La France qui se lève tôt »

 

       Pendant une heure, Nicolas Sarkozy, ton énergique et persuasif, a passé en revue tous les thèmes de son programme –insécurité, immigration, emploi, discrimination positive…- scandant son discours des mouvements de sa main droite. Un discours de 15 pages sur lequel « il a travaillé 7 heures dimanche » selon Emmanuelle Mignon, mais qu’il vit plus qu’il ne le lit. Dans ce Nord où l’UMP est traditionnellement assez mal implanté et où le Front National atteint un de ses meilleurs scores, M.Sarkozy s’est adressé à « la France qui se lève tôt et travaille dur », insistant sur la revalorisation de « la valeur travail » face à l’assistanat. Ton et attitude indignés, il s’est fait le porte-parole des classes moyennes qui ne touchent aucune prestation sociale, avant de sa prononcer pour une politique d’accession à la « propriété populaire » et pour une suppression des droits de succession pour ceux « qui se sont constitués un patrimoine à la sueur de leur front ».

       En bon orateur, Nicolas Sarkozy a alterné phrases générales,  images concrètes et anecdotes, usant de nombreuses anaphores pour exposer son credo politique, martelant « la France n’est pas condamnée à… », « je propose » ou encore « je crois que », et notamment le remarqué « je crois que l’on peut parfaitement être solidaire du gouvernement et faire entendre loyalement ses solutions pour sortir de la crise ».

       N’oubliant pas que son discours était retransmis en direct sur LCI, il l’élargissait régulièrement pour s’adresser à la France entière, sans oublier sa cible principale, définie par Emmanuelle Mignon comme « la France du milieu, pas celle du premier décile, qui n’a pas de problème, ni celle du dernier. Celle qui joue le jeu du travail et qui a le sentiment qu’il n’y a pas de politique sociale pour elle depuis vingt ans ».

       Les représentants de cette France des classes moyennes et populaires présents dans la salle ont été particulièrement réactifs au thème du rétablissement de l’autorité dans les écoles. Ils ont ovationné Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’est exclamé « que l’on demande à un élève d’enlever sa caquette quand il est en cours et de se lever quand le professeur entre dans la classe […] me semble être le minimum ! ». Ovationné, il l’a également été quand il a évoqué la fermeture du centre de Sangatte, soulignant son propre pragmatisme, avant de sa lancer dans une tirade sur le Front National. « Si le FN a prospéré, […] c’est parce que nous avons désespéré une partie de nos électeurs en ne parlant pas des questions qui les concernent. Le vote FN était l’expression d’une souffrance. Aux électeurs du Fn, je veux dire : revenez vers les partis républicains ! » s’est-il exclamé.

      Ce discours volontariste  prenant le risque de la rupture a donc séduit les jeunes comme les moins jeunes, mais un public souvent acquis d’avance à la « méthode Sarkozy », qui a scandé « Sarko président ! » à la fin du meeting, dans une ambiance d’euphorie collective.  Arthur Jacquin, étudiant élancé en prépa commerciale, note à la sortie que « Sarko est plus terre à terre que de Villepin. Il n’hésite pas à évoquer des réformes presque tabou, comme celles des universités ». Non loin de lui, Danièle Coffre, enseignante, la cinquantaine, a surtout apprécié « sa nouvelle théorie du modèle social, pour ceux qui travaillent, pas pour les fainéants qui profitent du système ».

       Galvanisé par le discours de « son candidat », le public du meeting se disperse, rejoint sur le parking les cars décorés de posters où sourit Nicolas Sarkozy. Dans le hall de Gayan Expo, un stand de l’UMP recueille les nouvelles adhésions. Une trentaine déjà un quart d’heure après la fin du meeting. La preuve que pour être « libre » et synonyme de rupture, Nicolas Sarkozy n’en incarne pas moins le parti majoritaire.

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans articles d'actu
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