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12 mars 2006 7 12 /03 /mars /2006 00:00

Manifestation anti-CPE, ou Comment Politiser les Etudiants

Place de la République, mardi, 13h.  

   

         Bottes blanches, petites nattes peroxydées et sucette dans la bouche,  Fiona danse derrière le camion de l’Union Nationale Lycéenne , sur la musique R N’B qui sort des enceintes du véhicule. A 17 ans, elle semble sortie d’un écran de MTV mais, dans la « vraie vie », elle est élève de  première Sciences et Techniques de Gestion au lycée professionnel de Coulommiers, en Seine-et-Marne. « Tout mon lycée est là, c’est pour ça que je suis venue », lance-t-elle, apparemment plus sensible à l’ambiance festive de la manifestation qu’aux slogans anti-CPE. Derrière elle, une vingtaine de lycéens tiennent la longue banderole « retrait du CPE » que les militants de l’UNL viennent de leur distribuer. «On n’est pas particulièrement politisés, affirme Barbara, mais on ne veut pas devenir des jeunes  Kleenex

       Dans la manifestation qui s’apprête à partir de la place de la République , la moyenne d’âge est jeune, très jeune. Beaucoup d’élèves de seconde ou de première ont répondu présents à l’appel des organisations lycéennes et étudiantes et des syndicats, sans pour autant y être affiliés. Selon Cindy Leoni, énergique étudiante en lettres modernes et salariée de la Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne qui est sur le pont depuis trois semaines pour organiser la manifestation, le rôle des organisations lycéennes est de « conscientiser les lycéens ». Et de raconter les distributions de tracts et réunions dans les lycées organisées ces derniers jours.

          Pour elle, cette manifestation est essentielle, car « depuis quelques mois il y a eu des mobilisations pour rythmer le mouvement, mais là c’est la première fois que toutes les zones sont rentrées de vacances ». Lorsqu’un responsable de la FIDL de Haute-Savoie l’appelle pour la prévenir que des manifestants montant en train vers Annecy sont bloqués par un contrôleur, Cindy  s’enflamme et s’écrie « Dites au contrôleur qu’il devrait avoir honte de ne pas faire grève ! ». La jeune fille est en première ligne, là où les camionnettes de l’UNL, de la FIDEL et d’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) s’apprêtent à prendre la tête de la manifestation. Elle est à cran, aussi, explique Marie-Lou, attachée de presse de SOS Racisme, mouvement dont la FIDL est une émanation, car « Ca peut devenir chaud. Quand il y a  des adultes, des enseignants, en général ça dissuade les casseurs, mais là ce n’est pas le cas ». Paul Meyer, responsable de l’organisation au Mouvement des Jeunes Socialistes, semble moins inquiet : « Dans le service d’ordre, nos militants aguerris expliquent aux autres  comment empêcher les débordements, et c’est 98% de prévention ».

Choc des cultures

     Effectivement, lorsque le cortège s’ébranle, les organisations étudiantes et lycéennes semblent avoir la situation bien en main. En tête, sur son camion, le leader de l’UNL lance slogan après slogan, scande « A ceux qui veulent précariser les jeunes, les jeunes répondent : Résistance ! » et les jeunes reprennent en cœur « Résistance ! ». La plupart de ceux de ce groupe brandissent des pancartes UNEF « CPE, une insulte faite aux jeunes » mais ne font partie d’aucun mouvement politique. Un peu plus loin dans le cortège, derrière la voiture du mouvement des Jeunes Communistes, l’ambiance est un peu différente. Dread locks et  vestes kaki remplacent joggings et bottes et la plupart des jeunes manifestants  sont réellement proches de la mouvance communiste, pas seulement mobilisés contre le CPE. 

         En remontant un peu plus le courant, on tombe sur le groupe de Force Ouvrière, groupe grisonnant coiffé de casquettes rouges, un peu en retrait par rapport à l’exubérance des jeunes. Un contraste qui fait penser à un choc culturel, ou générationnel, au sein de la manifestation. « Nous, on n’est pas là pour chanter et pour danser, on a une liste de slogans à passer, déclare Jacques Borensztejn, militant FO. Pour nous, aujourd’hui, c’est une manifestation syndicale interprofessionnelle ». Sur son bras, un autocollant clame « Non à la précarité, non aux directives européennes ! ».

        Une association de deux problématiques qui révèle un engagement politique global du syndicat. Et justement, il semble que la plupart des jeunes venus faire entendre leur voix contre le CPE mardi refusent cette adhésion à un projet politique total. Rémy, étudiant  en IUP métiers des arts et de la culture à Paris 1 explique par exemple qu’ « adhérer à un parti politique [lui] pose des problèmes de conscience, car il est de plus en plus difficile de suivre une ligne, de devoir défendre des concepts avec lesquels on n’est pas toujours d’accord ».  Jeanne Carlier, vêtements bariolés et poncho, rencontrée à midi devant le lycée Fénelon, assise en tailleur sur le trottoir devant une banderole « Fénelon mobilise contre le CPE », renchérit :  « J’ai des idées de gauche mais je suis un électron libre, je choisis mes luttes. Les syndicats lycéens sont trop derrière le PS ».

     Pourtant, hier après-midi, Jeanne et Rémy ont manifesté derrière les camions de l’UNEF ou de l’UNL, parfois repris leurs slogans, et porté un même espoir que Villepin retire le CPE. Un espoir qui  s’exprimait peut-être pour la dernière fois, car assemblée Nationale et Sénat ont désormais adopté le projet de loi sur l’égalité des chances.

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans pondibea
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