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17 février 2006 5 17 /02 /février /2006 00:00

Bernard Faucon, la photo  jusqu’au  cou

 

Exposition à la maison européenne de la photographie 

 

Note : 4/4

 

        J’étais venue à la maison de la photographie[1] pour l’expo PPP  de Raymond Depardon (Portraits de Personnalités Politiques, par ailleurs très bien mais assez prévisible), je suis restée et ressortie enthousiaste pour la rétrospective « Bernard Faucon » qui m’a fait découvrir un photographe démiurge et magicien à l’univers bien spécifique.

 

         Dans les salles de l’exposition, il flotte une odeur de lavande, l’odeur des paysages qui sont le théâtre de la plupart des photos de Bernard Faucon.

 

        Faucon est le maître de la mise en scène photographique et cette exposition retrace trente ans de sa quête de beauté, à travers au moins six périodes différentes de sa création : « Chambres d’amour », « Idoles et sacrifices », « Explosions »…Autant de facettes d’une même univers hanté d’enfance, de lumières rasantes et de solitude.

 

             Pendant plusieurs années, Faucon a photographié des mannequins en caoutchouc, et ainsi essayé de recréer le monde de l’enfance. Mais aussi d’assumer le côté profondément ambigu d’une enfance vue par un jeune adulte, qui menace toujours de basculer vers le morbide et l’autodestruction. Au milieu des mannequins se faufile parfois un enfant de chair et de sang, un morceau de « vraie vie » qui ne semble la plupart du temps pas plus réel que les mannequins.

 

         Plus tard, le photographe se libère de l’emprise des mannequins et glisse subtilement vers l’abstraction. Mais pas tout à fait, car dans les « chambres d’amour », angles de pièces claires photographiées comme des tableaux abstraits, s’intègre souvent un bout de corps, souvent un corps d’enfant lové dans un sommeil mi-innocent mi-suggestif. Des corps d’enfants dont la beauté transfigurée par la photo inspire parfois un malaise certain mais cloue littéralement  le spectateur sur place.

 

     En bref, une photographie métaphysique, où se développe sous différentes formes une même angoisse du temps, du factice et du réel, de l’authenticité de la vie et de la création, mais une photographie jamais désincarnée, toujours charnelle.

 

       Et puis si vous ne venez pas pour les photos de Bernard Faucon lui-même, venez pour découvrir son projet photographique « la plus belle journée de ma jeunesse »,  1997-2000.  Pendant trois ans, Faucon a distribué aux quatre coins du monde des appareils photos jetables à des jeunes, pour une journée. A chaque fois, de cette unité de lieu, de temps et de jeunesse sont nées des images intimistes et spontanées, exprimant une même aspiration artistique chez toutes les jeunesses du monde, du Japon au Mali, de la Russie à Java. Tous les visiteurs de l’exposition les regardent défiler sur un écran avec un regard médusé. De la vraie magie photographique universelle en barres.

 

 



[1]  Dans le 4e, Métro Saint Paul, jusqu’au 5 mars, 3 euros l’entrée.

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans culture
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