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4 février 2006 6 04 /02 /février /2006 00:00

Viva Zapatero ! de Sabina Guzzanti, haro sur la censure berlusconienne !

 

(Note : 3)

 

       « Je suis un bouffon » déclare Sabina Guzzanti elle-même dans la scène d’exposition de son documentaire où on la voit se métamorphoser en Silvio Berlusconi sous les mains d’une maquilleuse. Le ton est donné : Viva Zapatero !  est un pamphlet politique anti-Cavaliere, mais le pamphlet d’une amuseuse publique, d’une « grande gueule » du monde du spectacle italien.

 

     Le titre brouille les pistes, en rendant hommage au Premier Ministre espagnol, dont la première mesure au pouvoir a été de faire voter une loi garantissant l’indépendance de la télévision publique de son pays. Ah, puisse Zapatero être également élu en Italie, semble penser Sabina Guzzanti…Mais c’est plus qu’improbable, et c’est bien pour cela qu’elle a décidé de faire un film, pour dénoncer la main mise du « système Berlusconi » sur les médias italiens. Et pour cause : un observatoire international de la liberté d’expression a récemment attribué à l’Italie le peu glorieux 77e rang de son classement mondial. De quoi se pendre avec ses spaghettis…

 

         Non content de posséder les trois principales chaînes privées du pays par l’intermédiaire de son empire Médiaset, le Premier Ministre contrôle également les chaînes de service public, sur lesquelles il a fait interdire la diffusion de l’émission satirique « RAIot » (prononcez « riot » à l’anglaise svp) de Sabina Guzzanti, où elle se moquait justement de son omniprésence-omnipotence dans les médias et la vie économique italienne. Sabina ne s’en est visiblement pas remise, et on la comprend.

 

       Dans son documentaire parfois monté comme un clip de dance –fatiguant pour les yeux  et mauvais pour la clarté de la démonstration- elle s’attaque toutes griffes dehors aux notables du berlusconisme pour rappeler à leur indifférente feinte  que la satire est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Image du Chirac « super-menteur » des Guignols de l’info à l’appui, elle affirme que la démocratie française se trouve dans une situation beaucoup plus saine que la démocratie italienne. Viva Zapatero ! fait donc réfléchir aux limites, ou aux non-limites, que la démocratie peut poser à la satire et à un monde médiatique où, « puisque les hommes politiques font des blagues, les comiques peuvent bien faire de la politique ». Ou encore au pouvoir de l’humour fasse au pouvoir économico-politico-médiatique d’un Berlusconi qui utilise la censure.

 

       Sabina Guzzanti se met elle-même en scène dans son documentaire, comme Michael Moore.  Mais contrairement à son homologue américain à la casquette, elle le fait surtout pour défendre sa propre cause. Très convaincante quand elle énumère les grands journalistes italiens ayant perdu leur place depuis l’arrivée de Berlusconi au pouvoir, du Corriere della Sera à la RAI, elle l’est moins quand elle est se  filme elle-même, assise dans la rue, les yeux humides et l’air martyrisé…Malgré la justesse de la cause, le plaidoyer pro domo  est  parfois presque agaçant.

 

            En résumé, Viva Zapatero est un pamphlet corrosif et bienvenu, auquel on pardonne donc son caractère un poil brouillon et nombriliste. En dérangeant et faisant réfléchir, il remplit parfaitement son rôle de pamphlet politique.

 

 

 

                   

 

L’affiche du film ®                                  Sabina Guzzanti métamorphosée

 

                         en Berlusconi

 

 

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans culture
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