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22 août 2007 3 22 /08 /août /2007 12:02

C’est une région de l’Inde où les villes –Darjeeling, Kalimpong- s’accrochent des ongles aux flancs de l’Himalaya ou glissent le long de ses pentes, selon les saisons. Une région à l’identité floue, entre Sikkim, Bhoutan, Népal et Inde ; entre attractivité touristique et isolement. 

kiran-desai.jpgSai, une orpheline élevée à la mode occidentale,  y vit avec son oncle dans une vaste maison décrépie, cernée par les brumes qui descendent de la montagne. Dans cette région où le travail est une denrée rare, les jeunes hommes rêvent d’Amérique. Tous envie Biju, le fils du cuisiner qui a obtenu le fabuleux visa pour l’Occident.

Kiran Desai a obtenu le Man Booker Prize pour ce roman sur l’identité, la désillusion de l’exil et les espoirs trahis de la mondialisation. Elle manie avec talent l’art délicat du va-et-vient entre New-York et Kalimpong. Un New York qui se limitera pour Biju aux arrières cuisines des restaurants de Harlem exploitant les sans-papiers et aux trottoirs peuplés de SDF alcooliques. Un Kalimpong où se lève une rébellion indépendantiste qui vient troublée la vie bien rangée de Sai, de son oncle et du cuisinier.

Autour d’eux évolue  une kyrielle de personnages secondaires tous plus ou moins excentriques mais dont Kiran Desai décrit les états d’âme avec une finesse psychologique souvent bouleversante. Son style est poétique sans être ampoulé et sans jamais perdre le fil de la narration. Ayant elle-même connu le déracinement, entre Inde, Etats-Unis et Royaume-Uni, la jeune femme rend palpable la détresse de ne plus être chez soi nulle part.

Une détresse universelle qui  se cristallise finalement dans la douleur d’un homme qui perd son chien. On pense alors au dénouement de L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera, marqué par la mort inacceptable du chien Karénine. Mais on pense surtout à ne pas oublier le nom de cette romancière indienne qui parle si bien du monde d’aujourd’hui et de ses déchirures.

La perte en héritage de Kiran Desai (2007, Les Deux Terres), 22 euros.  

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans culture
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