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17 juin 2007 7 17 /06 /juin /2007 09:45

dante.jpgSamedi 16 juin, 15 heures. Dans l’auditorium du Petit Palais, à Paris, le silence est religieux mais fragile. Le moindre froissement de sac plastique dans le public suffit à rompre la magie du fil que Mehdi Belhaj Kacem tisse entre nous, auditeurs du XXIe siècle, et Dante, poète malade d’amour, vers 1292.

Mehdi Belhaj Kacem lit sa traduction de la Vita Nova, cette œuvre où le poète florentin promet de « dire d’elle [Béatrice] ce qui ne fut jamais dit d’aucune autre ». Premier texte littéraire autobiographique européen ? Ce dont on est sûr, c’est que Dante y donne ses lettres de noblesse à l’italien, dont il fait la langue de l’amour en décidant d’utiliser cette langue vulgaire, le latin restant la langue du savoir.

Dans une passionnante discussion qui s’établit entre l’auteur de la traduction et Jean-Pierre Ferrini, « dantiste » distingué, Mehdi Belhaj Kacem explique qu’il a lu l’intégralité de la Bible parallèlement à sa traduction mais souligne également la modernité de ce texte, où Dante se fait volontiers argotique et « frise souvent avec le mauvais goût ». Ainsi, « le vers le plus casse-gueule » de la Vita Nova serait celui où Béatrice « mastique [son] cœur avec réticence » ! Le romancier-essayiste, qui s’adonnait ici pour la première fois à la traduction, compare le texte à Une saison en enfer, dont il partage la fulgurance.

Emu jusqu’à reconnaître que la préparation de cette lecture publique a été pour lui un véritable calvaire,  Mehdi Belhaj Kacem est pourtant devenu intime de ce texte, qu’il a respecté tout en en donnat une lecture personnelle ; il a vécu pendant un mois et demi, jour et nuit, en sa compagnie. Et en compagnie de Dante. « Pour moi, être traducteur, c’est un peu être infirmier », confie-t-il. Ou la traduction comme exercice de partage de la souffrance de l’autre, avec 700 ans d’écart.

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans culture
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