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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 13:12

lapin.jpgPromoteur de la connexion Internet partout dans Paris et papa des lapins-wifi Nabaztag, Rafi Haladjian est un pionnier des technologies qui ne se prend pas au sérieux.

A première vue, il a un design épuré, juste quelques lignes rondes qui semblent sorties d’un manga. Mais quand on le connaît mieux, on découvre qu’il peut porter des bérets, des kilts, des guitares électriques (non, ce n’est paskarl.jpg Karl Lagerfeld), qu’il clignote de toutes les couleurs, bouge les oreilles, parle avec la voix de vos amis, vous livre les titres de l’actualité, les commentaires postés sur votre blog, le cours de la bourse ou la météo.

Cette créature polyvalente, qui ne fait pas le café mais presque, c’est le lapin Nabaztag. Un gadget technologique dont l’objet premier est de permettre une connexion Internet en wifi, mais qui a le bon goût de ne pas oublier d’être ludique. A l’origine de Nabaztag, on trouve la société Violet, et à l’origine de Violet, Rafi Haladjian. Un entrepreneur audacieux qui cache son sens de l’humour et son autodérision féroces derrière des airs de quadra raisonnable –costume noir, lunettes cerclées d’argent. On ne s’attend donc pas à trouver un vocabulaire de grand adolescent dans la bouche de ce démiurge des nouvelles technologies. Et pourtant, «[le lapin] on l'a fait d'abord parce qu'on trouvait ça fun et donc je suppose que c'est communicatif » confiait-il à « l’Internaute » en février 2006, pour expliquer que 70 000 exemplaires de Nabaztag aient déjà été écoulés, essentiellement sur le marché français. « C’est un gadget technologique pour grands enfants friqués, comme l'étaient les premiers micro-ordinateurs que nous achetions une fortune dans les années 80 […]. Mais pour autant, ils préfiguraient un nouveau type d'objets, d'usages, de terrains d'expérimentation », explique-t-il aujourd’hui.

 Les années 1980, c’est justement l’époque à laquelle Rafi Haladjian fit ses premières armes en télématique et « sombra dans le minitel ». Né à Beyrouth dans une famille d’origine arménienne déportée pendant le génocide de 1915, il suivit des études de sémiologie en France, après un baccalauréat littéraire. En 1983, il s’inscrivit dans un cours de télématique à Paris III, un peu par hasard, et réalisa qu’on pouvait faire « des tas de choses chouettes grâce aux technologies ». « Rafi n’est pas un ingénieur, et c’est une des clés de son intelligence. C’est un individu totalement libre et sans préjugé » souligne son collaborateur Philippe Etienne, consultant à Ozone et Violet. Et d’ajouter : « le facteur numéro 1 de sa réussite est sa perception aussi intuitive que rigoureuse de l'évolution technologique, de la capacité des innovations a se frayer un chemin en dehors des schémas tracés par les grands groupes ».

                                                  

Et en effet, à partir du milieu des années 1980, Rafi Haladjian se lance dans un processus d’innovation par humage de l’air du temps. En 1994, il crée FranceNet, premier hébergeur de sites en France, qu’il revend en 2001 à British Telecom, sous le nom de Fluxus. Grâce aux gains de cette vente, il crée la start up Violet, puis Ozone. Violet donne naissance Nabaztag tandis qu’Ozone se consacre au développement d’un réseaux pervasif à Paris, c'est-à-dire un réseau qui devrait permettre à terme de se connecter en wifi partout dans la ville. Le slogan d’Ozone –« l'histoire de l'Internet n'est pas encore terminée »- semble indiquer que cette étape ne sera pas la dernière de la grande aventure de la connectivité. Alors, Rafi Haladjian, fasciné par un essor des technologies sans limites, par le tout-Internet ? Point du tout. « Je m'étonne simplement qu'on puisse créer une dépendance aussi grande au réseau et que les gens soient frustrés de ne pouvoir y accéder une fois passée la porte de chez eux » explique-t-il. Devant les succès commerciaux de la bulle Internet, il garde une « distanciation maximale » selon Philippe Etienne.

rafi.jpgDistanciation qui transparaît clairement sur son blog et dans son livre Eloge de l’incertitude –devenez beau, riche et intelligent avec Powerpoint, Excel et Word (Patrick Robin Edition, 2006), où il raille la vacuité que ces technologies peuvent cacher. Mais comment faire son beurre des nouvelles technologies tout en les tournant en dérision ? Avec son humour à froid, Rafi Haladjian livre une réponse de sage : « Se prendre au sérieux est le moyen le plus sûr de mourir jeune (et triste). Par ailleurs il ne faut pas confondre se prendre au sérieux et faire les choses sérieusement. » L’amusement créatif, comme seules l’osent les petites start up, serait donc une des clés du succès de ce darwiniste de l’entreprise. « Les créationniste considèrent que tout ce qui existe a été forcément inventé par un être puissant et supérieur : Dieu, Microsoft ou France Télécom, théorise-t-il. L'approche darwiniste considère que les choses apparaissent par hasard après un très grand nombre d'essais et d'erreurs. L'expérience de ces dernières années montre qu'aucune des innovations majeures n'a été créée par d'énormes équipes de développement. » Un message d’espoir pour tous les cyber-entrepreneurs potentiels de France et de Navarre.

                               

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans articles d'actu
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