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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 22:55
 Parfois, on manque un auteur comme on passe entre les gouttes de pluie. On lit Faulkner et Fitzgerald, Gide, Hugo et même Houellebecq, mais on ne s’arrête pas à Gary, on glisse sur ce rayon de la bibliothèque comme une rampe de skateboard mentale.

            Cette semaine, j’ai découvert Romain Gary, et je me suis retrouvée toute ébahie d’avoir pû passer à côté de cette force narrative pendant 22 longues années. Il y a peu de livres qui donnent une impression de vertige à l’idée qu’on ait pu « vivre sans », vivre en les ignorant.

            « Chien blanc » a été de ceux-là. Dans un Los Angeles déchiré par les émeutes raciales, par la révolte des Noirs parqués dans des ghettos, Romain Gary raconte sa confrontation à cette colère légitime qui se mue en haine illégitime. Le hasard  met sur sa route un berger allemand. Il lui  faudra quelques jours pour réaliser que son nouveau compagnon, brave bête qui tient en apparence de Rintintin et de Mabrouka, se transforme en un monstre écumant à la vue de la moindre personne de couleur. Dressé à attaquer les Noirs pour « protéger » une famille blanche, il est selon les meilleurs dresseurs irrécupérable. Mais pour Romain Gary, il doit devenir le symbole de la réversibilité du racisme.

            Mi-Colette pour la finesse de sa peinture de l’amour des animaux, mi-Tahar Ben Jelloun pour sa compréhension aigue des mécanismes mentaux du racisme,  Gary signe avec « Chien banc » un livre dont je regrettais au bout de 80 pages qu’il n’en fasse que 200 et non 600. Un luxe de lecteur rare…

gary.jpg

Et puis surtout, ou du moins aussi, « Chien blanc » décortique les ressorts faits de peur et de méconnaissance qui alimentent le racisme. Il démontre que chacun de nous a au moins une bonne raison égoïste de ne pas être raciste : vouloir éviter d’être haï en retour. Sur fond de guerre du Vietnam, de mai 1968 et de présidence de Johnson, ce petit roman a une actualité poignante, une façon de nous susurrer à l’oreille que les BBR des agences immobilières  et les « filtrages » à l’entrée des boîtes de nuit ne sont pas des discriminations anodines.

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans culture
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commentaires

Pierre 26/02/2007 20:47

Je constate que tu nous fait tout un pataquès sur Gary mais rien sur Tolstoï...
Oserais tu écrire "arrivée à la page 80, je me mis à regretter que ce livre ne fasse que 2000 pages et pas 6000? Luxe de lecteur rare!"?
J'en doute =D