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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 10:13
  s--go2.jpg Le discours des valeurs n’est pas l’apanage de la droite. Ségolène Royal l’a prouvé mardi soir à la halle Carpentier, en faisant appel à la mythologie de la gauche française, devant 7 500 personnes.  

Au pied de l’estrade, un drapeau français s’agite dans la mer des drapeaux du Mouvements des Jeunes Socialistes (MJS). La foule massée dans une halle Carpentier pleine à craquer vibre dans l’attente de Ségolène Royal.  Qu’il soit conquis d’avance ou plutôt sceptique, militant PS ou simple curieux, le public aspire ce soir à des propositions concrètes. Rachid et Raphaëlle, étudiants venus un peu par hasard car leur université se trouve à proximité, se plaignent qu’on « entend pas ses arguments ». Véronique Varrallo, qui vient à son premier meeting, se reconnaît quant à elle dans la candidature de Ségolène Royal mais l’attend toutefois au tournant, « sur l’emploi des personnes de 40 à 60 ans, sur les impôts,  la réduction de la pauvreté ». Côté MJS, on se veut confiant face à ces attentes. Laurianne Deniau, secrétaire nationale du mouvement assure que « notre candidate a choisi un rythme de campagne qui n’est pas conforme à la politique traditionnelle : elle a choisi de commencer par écouter, ce qui est un premier signe de changement ».

Quand la veste crème de Ségolène Royal apparaît enfin, la foule, qui semblait prudente et attentiste, se révèle enthousiaste. Pourtant, ceux qui attendaient un discours-programme seront déçus.  Désireuse de ne pas réitérer l’erreur tactique de Lionel Jospin  et de sa phrase « mon projet n’est pas socialiste », la candidate a construit tout son discours autour des valeurs de la gauche. S’ancrer à gauche pour rassembler son camp au premier tour, telle est clairement la stratégie de Ségolène Royal. Jouant les chauffeurs de salle, Bertrand Delanoë et Philippe Torreton annoncent la couleur. « Chaque fois que le progrès était en mouvement, c’était par la gauche », assène le maire de Paris, avant de railler Nicolas Sarkozy, qui évoque les figures de Blum et Jaurès : « La droite nous aime quand nous sommes morts, elle aime Jaurès et Blum. Comme disait Mitterrand, nous ne leur réclamons pas Déroulède et Maurras ! ». Les orateurs font donc  appel aux Grands Hommes de la gauche historique pour servir de cariatide à la candidature de Ségolène Royal.

Inspirée elle-même par cette veine, Ségolène Royal reprend le flambeau et évoque  la Révolution française, les valeurs de laïcité et de citoyenneté qui en sont nées, « la colère de Mirabeau contre ceux qui parlaient avec mépris du peuple », la loi de 1905, mais aussi les figures de la lutte contre l’esclavage et Aimé Césaire. Elle divise sans ambages la classe politique entre une gauche héritière de la Révolution, associée aux valeurs d’égalité, d’intégration et de redistribution, et une droite synonyme d’exclusion et de recherche de « profits rapaces ». D’un côté, communauté de citoyens et peuple en marche, de l’autre, communautarisme et libéralisme sauvage. S’appropriant « Péguy, Zola, Hugo, Mendès France et de Gaulle », qui ont dû « quitter la France pour la relever », elle brocarde Nicolas Sarkozy pour sa phrase «La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Une formule empruntée selon elle à la dictature brésilienne et aux Républicains américains du temps de la guerre du Vietnam.  Dans le public, Martine, militante PS, tique en entendant le nom de de Gaulle dans la bouche de sa candidate. « Je ne suis pas choquée, mais ce ne sont pas références. De Gaulle  n’a pas défendu des valeurs de gauche », explique-t-elle. 

Pourtant, Ségolène Royal pousse l’audace plus loin encore, en faisant appel à Jeanne d’Arc, « qui aima la France à en mourir », une figure dont la mémoire est traditionnellement honorée par l’extrême droite. Elle ne se contente donc pas de faire revivre l’imaginaire de la gauche française, mais crée sa propre mythologie, et y intègre les rappeurs, rapprochant leurs diatribes enflammées de la tradition de la chanson populaire irrévérencieuse. A la droite, elle n’associe que les figures de Berlusconi –« Je laisse à la droite ses mises en scène à la Berlusconi »- et des néo-conservateurs américains –« la droite ne se gauchise pas, elle se bushise ! ». Comparants ses débats participatifs à « des cahiers d’espérance » et non pas de doléances, la candidate affirme vouloir être « la présidente des sans-voix », d’une sorte de peuple invisible et silencieux que la droite ignorerait.

Malgré les ovations qui accueillent ce discours, malgré le lyrisme omniprésent, l’Histoire de France et l’ombre de ses Grands Hommes, certains spectateurs restent finalement un peu sur leur faim.  « Les valeurs, c’est utile de les rappeler et pratique  pour mobiliser les troupes, mais on attend toujours le programme », murmurent certains à la sortie de la halle Carpentier. Le programme de Ségolène Royal, se sera pour le 11 février. Une date sans doute moins symbolique que le 6 février, choisi en hommage au 6 février 1934 et à son union de la gauche contre les ligues anti-parlementaires, mais une étape fondamentale pour la crédibilité de la candidate Royal. 

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Published by Béatrice Roman-Amat - dans présidentielles
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commentaires

C'est mon avis et je le partage 13/02/2007 18:34

Un projet tout cariatidesque...

Reveur75 08/02/2007 12:42

Une dynamique va sans doute se créer en faveur de Segoléne grace à la présentation de son projet